Ce titre ressemble à une accusation. Alors je vais légèrement le transformer en :
Autour de quoi travaillez-vous?
Je travaille autour d'un noyau dur qui me semble impalpable tant que ne sont pas mise à plat les raisons pour lesquelles je tourne autour du pot. D'abord donc, quelques explications.
Toutes mes productions existent parce qu'on s'accroche à des détails lorsque l'on a perdu l'essentiel. Parce que l'on s'accroche à l'enfant que l'on était lorsque le monde est absurde. Parce que c'est absurde de se faire séquestrer alors que la vie commence tout juste. Parce que l'esprit perd toute logique rationnelle lorsqu'il a été piétiné. Parce que comme disait ma petite vielle que j'ai filmé en maison de retraite, l'humour est une forme élégante du désespoir. Parce que c'est un comble de peindre des fleurs alors que l'on est hanté par des souvenirs malsains. Parce que plus que le décoratif, c'est le pathétique qui gène. Parce qu'un décors cache souvent quelque chose de moche. Parce que se noyer dans les fleurs est plus agréable que se noyer dans n'importe quelle substance amnésiante. Parce que certaines violences sont indescriptible par les mots, on l'exprime par le corps. Parce que les repères ont explosé, on se mets des barrières et des cadres n'importe où. Parce que c'est absolument particulier, je généralise par le "on". Et parce qu'enfin il ne s'agit pas d'être vulnérable mais radicale, l'histoire de l'art ainsi que l'art contemporain me semblent bien futile dans leur ensemble. Et puisque tout est paradoxe, je m'y inscris tout de même.
Je travaille donc sur l'importance de la futilité du quotidien, dans tout ce qu'il est d'absurde (nourriture, dessins détaillés + texte, horoscope). Je travaille à développer des sortes de petites obsessions (pieds, chaussures), je travaille à m'appliquer sur des détails pour passer le temps ou pour oublier (dessins motifs). Je travaille à m'évader par un exotisme pictural qui s'apparente à du décoratif et par le plaisir de contempler la nature. Je travaille à régresser plastiquement vers des formes enfantines (pâte à modeler, petit camion jeu d'enfant, dessins de la main gauche). Je travaille à me défouler physiquement dans un art de combat né de l'esclavage au Brésil (capoeira). Je m'intéresse aux petits vieux enfermés dans des maison de retraite (vidéo). Je travaille aussi à représenter l'enfermement ou le repli sur soi (hétérotopie balcon et vidéo dans placard).
Considérant ce travail, je remarque que toutes mes productions sont gentille, et qu'elles ne dépassent jamais un certain formatage que je me suis appliquée à installer par soucis de cadre.
L'idée pour les productions qui vont suivre et qui sont déjà en cours, est de déplacer ces barrières. Elargir un peu mon cadre ou même le dépasser. Signifier plastiquement mon engagement dans cette forme de libération qu'est la capoeira, qui par ailleurs est pleine de règles à respecter. C'est à dire la sortir de son cadre et faire communiquer les petits mondes que j'occupe. Ainsi, par déplacement de barrières, l'espace de liberté se fait plus grand. De cette façon, je fais de mon art ma propre thérapie.
Une deuxième étape un peu plus détachée de l'intimement personnel visera à faire appel à des références et à l'aspect formel des productions, à ce qu'elles évoquent tenant compte de tout ce qui s'est déjà fait.
Je dis donc oui à Pascale pour Picabia et son coté scandaleux.
Oui pour Nicolas Sornaga et ses incongruités adressées à une immense minorité.
Oui pour Henri Cueco et la coopérative des Malassis avec leur volontés de pervertir l'institution, c'est à dire de combattre ou sortir des cadres.
Et encore oui pour René Magritte et sa logique décalée, oui pour son sentiment d'inutilité de l'image, de "simulacre".

Acrylique, A3.

















































